Les réformes Pécresse sont une insulte à l’université que nous défendon

samedi 8 novembre 2008
par  sudeducationalsace
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Après avoir donné le coup d’envoi des chaires "EPST-EPIC-Universités", désavouées par le Conseil Scientifique du CNRS, la Ministre Valérie Pécresse lance un programme généralisé de primes tous azimuts.

 Ce programme va artificiellement diviser les enseignants-chercheurs et les chercheurs en différentes catégories en fonction de leur prétendue « excellence », permettant la modulation des revenus (sous forme de primes) et des services d’enseignement. La rhétorique est connue : il s’agirait de libérer les enseignants-chercheurs « excellents » de certaines charges de travail (administratives et pédagogiques)... qui se retrouveraient mécaniquement distribuées aux « moins excellents », s’ajoutant à l’actuelle surcharge de travail vécue par les personnels de tous statuts du fait du manque d’encadrement notoire de l’Université. Il s’agira donc une nouvelle fois pour la grande majorité de « travailler plus sans gagner plus »… et pour une minorité de « travailler moins en gagnant plus » !

 Mme la Ministre déclare vouloir « attirer les meilleurs » par cette politique. Comment ne pas voir pourtant que l’attractivité des carrières réside bien plus dans la stabilité et l’indépendance garanties par le statut de fonctionnaire que dans la promesse de primes pour quelques-uns ? Comment la précarisation généralisée pourrait-elle rendre plus attractives les professions de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

 Loin « d’attirer les meilleurs » ou de « valoriser l’excellence », il s’agit bien une nouvelle fois de hiérarchiser, d’individualiser et de diviser les personnels.

Des primes pour quelques-uns...
 la Ministre veut renforcer l’Institut Universitaire de France, organisme permettant actuellement à quelques heureux élus (seulement 825 enseignants-chercheurs en ont bénéficié depuis sa création en 1991), d’obtenir une décharge de 2/3 de leur service d’enseignement. Nouveauté : les heureux lauréats bénéficieront en plus d’une « prime personnelle d’excellence scientifique » de 10 000 euros par an.
 la prime de responsabilité pédagogique, dispensée théoriquement aux enseignants-chercheurs (surtout professeurs) qui s’investissent dans l’enseignement (comment les distinguer des autres ?), sera augmentée (jusqu’à 15 000 euros/an).
 une prime « d’excellence scientifique » (jusqu’à 15 000 euros/an), remplaçant la prime d’encadrement doctoral et de recherche (PEDR), pourra être accordée sans condition d’encadrement « à 20% des chercheurs » (et à combien d’enseignants-chercheurs ?) selon le ministère, et par décision "locale" de l’Université (LRU oblige).
 une prime de 3870 euros/an sera proposée pour inciter les chercheurs à avoir une activité d’enseignement (avant la destruction pure et simple du statut de chercheur, dans la logique du dépeçage actuel des EPST, comme ces 130 postes/an dits « chaires Excellence » pris sur le contingent des CR2 du CNRS ?).
 20% d’augmentation de l’enveloppe indemnitaire (i.e. pour les primes BIATOSS) allouée aux universités, "afin d’élever le niveau de rémunération et de tenir compte de l’investissement et des résultats obtenus par les personnels dans l’exercice de leur métier" (décision "locale" encore…).
 la Ministre veut faire sauter les verrous rendant certaines primes incompatibles entre elles (les bienheureux bénéficiaires de primes pourront cumuler !)
 mise en œuvre de la "prime de fonction et de résultat" pour les catégories A.
 enfin, les présidents d’université ne sont pas oubliés : leur indemnité de charges administratives augmentera jusqu’à 25 ou 40.000 euros/an (selon l’Université).

... de la précarité et une surcharge de travail pour les autres !

 Le manque de postes, aussi bien en enseignement qu’en recherche et dans l’administration, est un problème crucial de l’Université. Il engendre une surcharge de travail généralisée que les personnels n’ont d’autre choix que d’accepter pour remplir au mieux leurs missions. Or conformément à l’idéologie de la RGPP (Réforme Générale des Politiques Publiques), le service public d’enseignement supérieur et de recherche est amputé de 900 postes, dont 450 postes de fonctionnaires d’état, dans le budget 2009. Les postes BIATOSS de catégorie C vont être requalifiés en catégories B ou A ("repyramidage"), et il est fort à craindre que les fonctions correspondantes seront externalisées (comme la restauration, l’entretien et le gardiennage dans de nombreuses universités).

 Dans ce contexte, la modulation à la hausse des services d’enseignement permise par la LRU permettra d’accroître la charge de travail de beaucoup d’enseignants-chercheurs sans surcoût financier pour le ministère. Cette surcharge de travail pédagogique compromettant mécaniquement toute activité de recherche, l’opération constitue donc un bel exemple de « prophétie auto-réalisatrice » : on voit mal comment les enseignants-chercheurs qui auront été stigmatisés comme « mauvais chercheurs » pourront dynamiser leur activité de recherche dans ces conditions ! 

 Ce « coup de bâton » justifierait une riposte des personnels. Afin de s’en prémunir, le ministère promet de distribuer des « carottes » sous forme de primes aux « excellents ». Le véritable rôle de ces primes est bien de rémunérer les gardes-chiourmes chargés de faire appliquer la LRU aux collègues. SUD éducation souhaite bien du plaisir à ceux qui toucheront ces tristes petits lots de consolation, qui distilleront surtout de l’aigreur, de la frustration et de la division dans toute l’Université.

 SUD éducation ne pense pas que le métier d’enseignant-chercheur, d’ingénieur, de technicien ou d’administratif doive être une ascèse. Néanmoins, SUD éducation tient à rappeler que les personnels ne sont pas seulement mus par l’appât du gain ! Si l’augmentation des bas salaires est indispensable, et le ministère reste évidemment muet sur ce point, ce sont aussi nos statuts garantissant notre indépendance, nos conditions de travail et la possibilité de remplir pleinement nos missions qui sont au centre de notre syndicalisme.

 L’ "excellence" et la créativité ne s’achètent pas ; le savoir n’est pas une marchandise. Par contre, les casseurs de Service Public se paient sur le dos de la bête : voilà ce que camoufle la propagande de Madame Pécresse. SUD éducation considère que le plan du ministère est une insulte à l’Université.

  Contre la logique des contre-réformes gouvernementales, nous revendiquons :

 • l’abrogation de la LRU, cadre légal nécessaire à la mise en place de ces contre-réformes ;

 • le refus de l’individualisation des évaluations et des carrières, et des primes qui la traduisent ;

 • un véritable statut du doctorant (un salaire unique avec les droits sociaux "élémentaires" pour tout doctorant, assorti d’un droit et un devoir d’enseigner à hauteur de 1/6e du service statutaire), loin des négociations salariales individualisées annoncées par Pécresse ;

 • la dissolution de l’ANR et de l’AERES, et le retour à un financement par crédits récurrents des laboratoires évalués à posteriori par des instances paritaires et élues ;

 • un plan pluriannuel de créations de postes (5000 postes statutaires par an, d’enseignants-chercheurs, de chercheurs et de BIATOSS), l’arrêt du recrutement sur contrats et la titularisation sans conditions dans la fonction publique d’État des salariés en CDD à l’Université et dans les EPST ;

 • l’augmentation immédiate uniforme de 300 euros/mois net minimum pour tous les salaires inférieurs à 3000 euros ;

 • la diminution du service d’enseignement à 120h pour tous, avec équivalence TD/TP ;

 • la prise en compte des expériences post-doctorales dans l’ancienneté et pour les retraites avec effet rétroactif.


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