La formation des maîtres méritait mieux !

jeudi 15 février 2007
par  sudeducationalsace
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La formation des enseignants mérite mieux que les propositions du ministre

Dernière mise à jour le vendredi 5 janvier 2007


Le 31 août 2006 était publiée au Bulletin Officiel de l’Education Nationale une circulaire modifiant la formation initiale des professeurs des écoles, supprimant un stage en responsabilité et utilisant les stagiaires comme moyens de remplacement pour assurer dès la rentrée, sans aucune formation préalable, la décharge hebdomadaire de directeurs d’écoles.

En conclusion de cette circulaire, il était écrit : « Les nouvelles dispositions concernant la formation initiale des professeurs des écoles sont mises en œuvre à la rentrée 2006, selon des modalités qui feront l’objet d’un suivi tout au long de l’année afin d’identifier des améliorations possibles et de mutualiser les expériences. Les partenaires de la formation disposent par conséquent, au cours de l’année 2006-2007, de marges de manœuvre. Les pratiques efficaces feront l’objet d’un relevé et seront réinvesties dans le cadre de la mise en œuvre du futur cahier des charges de la formation des enseignants. »

Sans aucune évaluation du dispositif institué par la circulaire d’août 2006, de Robien a décidé de le poursuivre et s’attaque à la formation des enseignants en publiant un cahier des charges, applicable dès la rentrée 2007, avant même la fin de l’année scolaire. Après avoir lu les propositions du Haut Conseil de l’Education, de Robien décide de remettre en cause des acquis positifs des IUFM et ne fait pas les vraies réformes qui s’imposaient pour améliorer la formation des enseignants. Il est vrai que sa conception de la profession enseignante est différente de la nôtre : il prétend que l’enseignant doit « percevoir les talents ». Nous nous opposons à cette idéologie du talent, où le rôle de l’enseignant serait de trier les élèves en fonction de leurs « dons ».

En tout premier lieu, de Robien ne propose pas d’augmentation con-séquente du temps de formation initiale, qu’il maintient à une année après l’obtention du concours de recrutement, augmenté de six petites semaines les deux années qui suivent (4 semaines la première année, et deux la suivante). Sud éducation revendique l’allongement du temps de formation initiale des enseignants avec une prise en charge progressive de la classe en début de carrière.

De Robien s’attaque à un acquis important de la mise en place des IUFM en 1992 : la nature des con-cours. Avant les IUFM, les concours, notamment pour le recrutement des professeurs de collèges et lycées, visaient à évaluer uniquement les connaissances académiques des candidats. Avec la mise en place des IUFM, les concours ont donné une place, certes limitée, à l’évaluation de compétences didactiques, partant de l’idée qu’un enseignant n’est pas seulement celui ou celle qui maîtrise les savoirs universitaires correspondant à une discipline (ou une pluralité de disciplines chez les professeurs des écoles), mais aussi celui ou celle qui a les moyens de faire apprendre ses élèves.

La réforme du Ministre est un retour en arrière : « les nouveaux concours ont pour finalité essentielle de garantir un bon niveau dans les disciplines que le candidat se destine à enseigner, ainsi que des capacités intellectuelles générales indispensables à l’exercice du métier de professeur. Au cours des épreuves d’admissibilité et d’admission, une attention particulière sera portée à la maîtrise de la langue française (précision du vocabulaire et de l’orthographe, correction grammaticale) ainsi qu’à la qualité de l’expression orale et écrite des candidats. »

Pour Sud éducation, un tel retour en arrière est inacceptable : pour recruter de futurs enseignants, on ne peut pas faire purement et simplement abstraction de la profession qu’ils vont réellement pratiquer. C’est pourquoi il faut au contraire développer des éléments de pré-professionnalisation, encore trop limités actuellement, pour que les futurs enseignants aient une idée claire de ce à quoi ils se destinent. La formation avant le concours doit porter aussi sur des éléments de didactique, d’épistémologie et de réflexion pédagogique, car il est incompréhensible qu’elle exclue tout ce qui porte sur la pratique même de la profession. Tout doit être fait pour limiter à des cas rares et exceptionnels l’élimination par invalidation de leur année de stage de collègues admis au concours (stagiaires qui risqueraient de mettre en danger l’intégrité physique et/ou morale des élèves). Les éléments théoriques et pratiques concernant la réflexion sur la profession d’enseignant doivent faire l’objet d’une épreuve suffisamment probante, avec des critères clairs et non arbitraires, pour assurer la qualité du recrutement et éviter au maximum que des candidats ne se fourvoient dans une voie qui ne leur convient pas.

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Quant à la deuxième année, la réforme de Robien supprime un élément essentiel de la formation, le mémoire professionnel, pour l’élaboration duquel les stagiaires, actuellement, doivent croiser approche théorique et réflexion sur la pratique pour développer une compétence indispensable à l’exercice de la profession : la capacité à prendre du recul et à analyser ses pratiques. Cette suppression est inacceptable. Le Ministre a décidé de rendre responsables de la formation et de l’évaluation des stagiaires ceux qui les accueillent dans leur classe ou dans leur établissement. Les formateurs de terrain, y compris les directeurs d’école ainsi que les chefs d’établissement qui accueillent des professeurs stagiaires, sont les mieux à même d’apprécier leurs progrès : ils doivent contribuer avec les formateurs d’IUFM à l’évaluation des stages. Mais de Robien ne dit pas si ces personnes ont les compétences nécessaires ou si elles vont être formées pour les acquérir. Etre un enseignant dont les pratiques ont été appréciées par les inspecteurs ne signifie pas automatiquement être capable de devenir formateur d’adultes.

En dernier lieu, le ministre entend améliorer la connaissance de l’entreprise chez les futurs enseignants et la pose comme finalité pour les élèves. Sud éducation conteste l’asservissement de l’enseignement à une quelconque idéologie managériale et revendique un enseignement qui développe l’esprit critique.

Sud éducation s’insurge contre l’approche régressive de l’éducation dont témoigne la réforme ministérielle, dans un contexte où les enseignants sont de plus en plus dépossédés de la réflexion sur leur profession, au profit d’injonctions dogmatiques et infantilisantes.


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