70 ans après les congés payés, des millions d’enfants n’ont pas droit aux vacances !

mercredi 24 octobre 2007
par  sudeducationalsace
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Article publié dans la revue « L’Emancipation syndicale et pédagogique », n°7 de mars-avril 2007

Quand on évoque 36, la première image qui nous vient à l’esprit : ce sont les départs en vacances...

Les congés payés pour tous les salariés ! Quelle conquête sociale essentielle !

Aujourd’hui, 70 ans après le Front Populaire, 3 enfants sur 10 ne partent pas en vacances, beaucoup d’enfants n’ont que la rue comme espace éducatif, les centres de loisirs étant trop souvent réservés aux enfants ayant leurs deux parents qui travaillent....

Quelle régression sociale... Faut-il s’en contenter ou poursuivre, voire amplifier le combat historique des mouvements d’éducation populaire pour l’accès aux loisirs éducatifs pour tous ?!

Chaque enfant ou jeune doit pouvoir exercer son droit aux loisirs, quelle que soit son origine sociale.

Ce droit ne figure-t-il pas en toutes lettres dans la Convention Internationale des droits de l’Enfant dans son article 31 !

Si l’on est encore loin d’une réalité vécue par des millions d’enfants, cet objectif porté par de nombreuses municipalités est au cœur des projets des mouvements d’éducation...

Qu’il s’agisse du premier mouvement d’éducation populaire, la Ligue de l’Enseignement créé par Jean Macé en 1866, ou de ceux qui ont vu le jour sous le Front populaire et à la Libération, tous ont œuvré et œuvrent pour l’accès aux loisirs éducatifs pour toutes et tous.

Si les premiers patronages ont vu le jour dans la deuxième moitié du 19e siècle, il faut attendre le début du 20e siècle pour qu’ils connaissent un développement national.

Quand l’Etat s’émancipe de la tutelle de l’Eglise qui freine tout progrès allant vers l’émancipation, quand après d’âpres débats, les deux chambres républicaines adoptent la loi de séparation des églises et de l’Etat en 1905, rien n’est définitivement réglé.

Si de nombreux catholiques estiment, comme des protestants, des juifs, des athées et des agnostiques, qu’il est temps d’instaurer une liberté de pensée et une égalité des droits, si une majorité écrasante reprend à son compte le principe énoncé 50 ans avant le 9 décembre 1905 par Victor Hugo : "l’Etat chez lui, l’Eglise chez elle", la hiérarchie catholique n’a pas désarmé.

Pour lutter contre l’école "sans dieu", elle exige de ses prêtres qu’ils ouvrent dans chaque diocèse un patronage du jeudi pour soustraire les enfants à l’influence de la "laïque".

Les militants laïques et notamment les instituteurs qui viennent de constituer des premiers syndicats fondent autour de l’école des patronages laïques répondant à une mission éducative et sociale.

Après la première guerre mondiale et notamment à la fin des années 20 vont co-exister trois réseaux de patronages : le religieux, le laïque et l’ouvrier.

C’est en septembre 1929 que la municipalité communiste de Vitry sur Seine crée un patronage dont le but est d’aider les" parents qui travaillent et qui ne peuvent de ce fait s’occuper de leurs « mioches » dans un lieu à l’abri des mauvaises fréquentations de la rue tout en recevant en même temps les soins dont ils pourront avoir besoin (ainsi qu’une) (...) éducation prolétarienne".

Le patronage a trois fonctions, une fonction de garde, une fonction sanitaire (prendre le bon air) et une idéologique : l’éducation républicaine, religieuse ou professionnelle...

Mais voilà, le péril fasciste est à la porte, la gauche socialiste, communiste et radicale se regroupe et se rassemble.

Un mouvement de transformation sociale
Le maire communiste de Vitry, Charles Rigaud, appelle les municipalités du PCF à créer partout des patronages laïques municipaux avec la collaboration des "Directeurs, Directrices, instituteurs et institutrices".

La période du Front populaire est féconde pour l’éducation populaire : le cinéma, le théâtre populaire, les auberges de jeunesse se sont développés.

Les éducateurs laïques réfléchissent sur la fonction éducative des colonies de vacances et sur la formation des cadres.

C’est ainsi qu’est créé le mouvement les centres d’entraînement CEMEA en 1937 à proximité de l’Etat, de l’enseignement laïque et du mouvement ouvrier.

Pendant la résistance, les mouvements laïques d’éducation populaire réfléchissent à l’après occupation...

C’est ainsi que se constitue un mouvement d’enfants, "les Francs et Franches Camarades", qui a inscrit dans son programme la construction de patronages laïques éducatifs dans le cadre d’une pédagogie moderne et active.

Les CEMEA , les Eclaireurs de France, la CGT, le SNI et la Ligue de l’Enseignement seront les "parrains" de cette nouvelle association qui pourra mettre au service de centaines de milliers d’enfants les méthodes héritées du scoutisme.

L’enfant acteur de ses loisirs, voici là un rêve pouvant devenir une réalité.

L’éducation populaire n’est-elle pas par essence un mouvement de transformation sociale ce qui suppose que de nombreux droits soient attribués aux enfants notamment ceux de participation !?

Avec l’aide des pouvoirs publics, vont se développer des "patros" laïques puis des centres aérés au début des années 60. Face à une urbanisation galopante, les Francs et Franches Camarades (FFC) vont demander avec force que des espaces soient soustraits au bétonnage afin que naissent des espaces de jeunes et des plaines d’aventure.

Au début des années 70, les patronages vont laisser place à des centres de loisirs et les pouvoirs publics vont instituer deux brevets d’aptitude pour les moniteurs devenus des animateurs : le BAFA et le BAFD.

De nombreux centres de loisirs, appellation officialisée par la Jeunesse et Sports vont se développer et pénétrer même les zones rurales.

Il ne s’agit plus d’un simple mode de garde mais d’une "entité éducative" comme le reconnaît officiellement l’arrêté du 20 mars 1984.

Les associations éducatives, complémentaires à l’école vont réfléchir à la place du centre de loisirs et à sa fonction. C’est ainsi que les FRANCAS, nouveau nom que se donnent les FFC, vont réfléchir à un nouveau concept : la place de l’Enfant.

Chaque enfant doit pouvoir disposer d’un espace éducatif de qualité et de proximité, en relation avec l’école lui permettant de découvrir et de pratiquer de nouvelles activités, d’acquérir une autonomie réelle et d’être auteur et acteur de ses propres projets.

L’intention éducative est ambitieuse, certes, mais les mouvements de jeunesse comme les Eclaireurs et Eclaireuses de France, les CEMEA et les FRANCAS n’ont-ils pas été à l’avant garde en proposant que des droits de l’enfant soient établis et reconnus !?

La Convention Internationale des Droits de l’Enfant, votée par l’Assemblée Générale de l’ONU du 20 novembre 1989, ratifiée par tous les pays du globe à l’exception de la Somalie et des USA constitue un corpus important puisque les droits actifs, c’est à dire de participation active sont pour la première fois explicitement actés dans des textes de lois.

Entre évolution et régression sociale...
Peu à peu, l’animation s’est professionnalisée : de nombreuses villes ayant augmenté le champ horaire des accueils pré et post scolaires (avant et après la classe), il a fallu recruter des animateurs et les doter d’une qualification professionnelle...

C’est une préoccupation constante des employeurs, qu’il s’agisse de municipalités ou d’associations.

En effet, si par défaut le BAFA et le BAFD sont pour beaucoup le seul bagage, il ne suffit pas pour répondre aux besoins des enfants et de leurs familles...

Toutes les activités de découverte, toutes les pratiques sportives doivent trouver leur place dans les centres de loisirs, ce qui suppose que les animateurs disposent d’une qualification professionnelle et que des intervenants spécialisés puissent être associés au projet.

C’est un vaste programme certes mais le temps libre n’est-il pas un espace essentiel contribuant à la construction de l’enfant comme être unique et social...

Aujourd’hui, les FRANCAS et d’autres mouvements d’éducation populaire sont inquiets devant une situation qui voit baisser les subventions publiques versées aux associations remplissant pourtant une mission de service public.

De nombreuses municipalités ont de réelles difficultés pour améliorer les conditions d’accueil. Les baisses drastiques des crédits publics et para-publics alloués grâce aux contrats temps libres avec la CAF ou les contrats éducatifs locaux risquent d’hypothéquer l’avenir des centres de loisirs.

Déjà, certaines municipalités limitent l’accès des structures de loisirs aux enfants ayant leurs deux parents qui travaillent. Le centre de loisirs en revient à sa fonction initiale, restrictive : la garde...

Ainsi de nombreux "gosses" n’ont plus comme espace éducatif que la rue ou la télévision alors que d’autres plus favorisés passent leur mercredi entre l’école de musique, le club de tennis et le cour de guitare.

Les Associations familiales comme l’UFAL (Union des Familles Laïques), inscrivant leur réflexion et leur action dans la tradition de l’éducation populaire, demandent et exigent que le temps de loisirs de l’enfant, temps éminemment éducatif, soit considéré comme une priorité nationale.

Pour elles comme pour les associations de jeunesse, il faut mettre fin à la politique de régression sociale. Des crédits publics, à la hauteur des enjeux, doivent permettre à ce que chaque enfant ou jeune puisse avoir accès à des espaces de loisirs récréatifs de qualité.

Jean-François CHALOT
Seine-et-Marne

Cet article a été publié dans Combat laïque.
 

http://www.emancipation.fr/emancipa/spip.php?article305


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